Ce matin, j’ai posé un geste extrêmement significatif pour moi… qui marque une des étapes les plus importantes de mon parcours professionnel : j’ai supprimé 90% du contenu de mon site internet, et j’ai modifié la page d’accueil, pour y expliquer que je tourne cette page. Je n’ai gardé que le blog, parce que l’écriture reste très importante pour moi.
Le cancer est un catalyseur puissant… il bouscule tout, remet tout en question, et si on l’accepte, invite à remettre de l’ordre dans sa vie. A revoir ses priorités selon ce qui a (encore) vraiment du sens pour soi, aujourd’hui. A regarder les choses en face et faire preuve d’une honnêteté totale par rapport à ce qui nous correspond. A laisser derrière soi ce qui ne résonne plus. Pour s’ouvrir à une suite, peut-être encore mystérieuse, qui s’aligne mieux avec notre réalité intérieure.
Les séances de radiothérapie sont terminées depuis une semaine.
Je suis dans une phase d’intégration de tout ce que j’ai vécu et ressenti, pour réunifier toutes les différentes facettes de ce parcours compliqué, toutes les parties de moi qui ont été bousculées par des crises d’angoisses, l’incertitude continue, les attentes entre les rendez-vous et résultats, la peur de l’inconnu, les prises de conscience, les moments de joie et de gratitude profondes, mais aussi la peur de la récidive, les questions sur ce qui va suivre… chacun de ces aspects à sa place, est légitime. Quand on se trouve projeté dans ce genre de circonstances, d’abord on survit, on pare au plus pressé… maintenant, il faut que tout ça redescende, et se réorganise en une nouvelle réalité.
Je ne crois pas qu’on laisse le cancer derrière soi, je crois qu’il nous accompagne jusqu’à la fin de nos jours… à la fois comme une invitation à vivre le plus pleinement possible dans l’instant, et comme un nouveau rapport avec l’avenir, dans la conscience qu’il peut basculer en un instant, sans qu’on n’ait rien vu venir.
Cela fait déjà un certain temps qu’une distance se creuse entre moi et mon activité professionnelle de coach canin. Cela ne résonne plus, le côté « intérêt passionné » s’étiole. Même si j'aime toujours partager ce que je vis.
C’est comme si le cancer était venu donner un coup de ciseau dans le filament qui me reliait encore à la vingtaine d’année pendant laquelle j’ai exercé ce métier avec amour et passion. J’ai essayé à plusieurs reprises de raviver la flamme, mais ça n’est plus juste. J’ai trop changé pour continuer à faire ce que j’ai toujours fait. Il est temps d’écrire une nouvelle histoire.
Mon cœur sera toujours plein de l’amour des chiens, et mon quotidien aussi. Notre vie de tous les jours avec nos 5 loulous reste une source magnifique de bonheur, de joies, d’expériences et d’apprentissages. De défis, aussi, bien sûr.
En fait, ce sont eux, aussi, qui m’ont aidée à voir plus clair et poussée vers ce geste que j’ai posé ce matin ! Comme toujours, ils m’ont invitée à remettre en question ma façon de fonctionner et de voir la choses, poussée par les circonstances que la vie à mises sur mon chemin.
Un des constats les plus marquants vient de la conjonction entre la présence de 2 chiots à la maison et l’AVC de Shaddaï, à peine 15 jours après le départ des frères et sœurs de Youri et Sukha. La santé de Shaddaï a nécessité un soutien important, une attention soutenue, une énergie énorme (beaucoup de nuits blanches) jusqu’à son décès le 9 juin dernier. Bien sûr, c’est son bien-être et sa qualité de vie qui nous ont guidés pendant ses 13 derniers mois de vie.
Toujours est-il que je ne pouvais pas, en même temps, veiller sur Shaddaï et sa santé, et m’occuper des deux jeunes loulous comme j’aurais aimé le faire, et comme je pensais devoir le faire. Alors ils ont évolué à leur rythme, sans pression, sans cours, sans beaucoup de sorties… et, surprise!, ils s’en sont très très bien sortis, sans qu’on n’ait fait grand-chose ! Pas par choix, mais voilà.
Youri était très mal à l’aise en voiture ; aujourd’hui, il est le premier à s’y engouffrer. Il détestait qu’on lui mette le harnais ; aujourd’hui, il est demandeur. Il fuyait l’aspirateur ; aujourd’hui, je peux le passer à côté de lui sans que ça ne le dérange. Sukha tirait assez fort en laisse ; aujourd’hui, elle se promène, détendue et tranquille. Elle était farouche avec les étrangers ; aujourd’hui, elle leur fait les yeux doux et tout le monde tombe sous son charme. Leurs promenades sont à 90% en liberté, et ils reviennent tous les deux avec rapidité et enthousiasme quand on les rappelle. Ils gèrent les situations du quotidien avec le dynamisme de leurs (+/-) 18 mois, mais sans difficulté majeure. Sans renforcement positif, sans cours collectifs. Juste une communication la plus juste possible au quotidien. Bien sûr, ils ont leurs petits défauts, et il est fondamental pour nous d’être cohérents dans notre communication. Nous apprenons ensemble, comme avec tous leurs prédécesseurs, puisqu’ils sont tous uniques.
Voilà comment nos petits lutins malicieux et attendrissants apportent leur pierre à cette nouvelle étape de mon chemin. Leur maman Keziah, leur tante Bliss, et leur grand-mère Zou y contribuent aussi, chacune à sa façon, à travers ce qu’elles nous enseignent au quotidien, tant sur qui elles sont, que sur « comment gérer notre petite famille et les interactions qui s’y passent, qui sont elles aussi en changement permanent ».
Je ne conseille rien à personne. Ce sont simplement des constatations qui me font penser que peut-être, dans ces certains cas, on a tendance à fort compliquer les choses parce qu’on aimerait contrôler la façon dont nos jeunes loulous évoluent, avec les meilleures intentions du monde. Peut-être les choses pourraient-elles être plus simples, plus douce aussi… à chacun de voir.
Sans doute l’écriture fait-elle partie de la suite de mon parcours, parce que j'ai beaucoup à partager… mais une chose à la fois! D’abord, me reconstruire, et faire de la place pour ce qui viendra.
Merci à tous ceux qui m’ont accordé leur confiance au long des 22 dernières années ! Vos retours sur ce que je partage m’indiquent qu’avec certains, ce qui s’est passé entre nous dépasse de loin les cours d’éducation canine, et ça me réchauffe profondément le cœur.
Après tout, n’aimons-nous pas tous nos chiens, notamment pour leur authenticité naturelle et la profondeur de nos liens avec eux ?
A travers le cancer, je découvre qu’on peut vivre quelque chose de similaire avec d’autres personnes, quand nous acceptons notre vulnérabilité et entrons dans un contact sincère, de cœur à cœur…
Peut-être mon chemin avec les chiens m’a-t-il préparée à vivre cela avec les humains…
Je continuerai d’utiliser cette newsletter, pour communiquer au rythme de mes envies, sur les sujets qui m’inspirent. Les chiens ne seront peut-être plus le seul sujet abordé, mais ils resteront au cœur de ma vie, c’est évident !
C'est important pour moi aussi de rester en contact avec ceux qui le souhaitent, alors n'hésitez pas à m'envoyer un email ou à me passer un petit coup de fil ;-)
Savourez votre journée!
Cécile